Rétrospective des concerts des 11 et 13 janvier 2022 en Salle Olivier Messiaen
Textes: Zoé Scheer et Pasacle Lazarus
Johannes BRAHMS
3ème Symphonie en fa majeur (1883)
Un mot sur le compositeur:
Né le 7 mai 1833 à Hambourg, Johannes Brahms est l’un des plus importants musiciens de la période romantique.
Il est considéré par beaucoup comme constituant une trinité avec ses prédécesseurs Jean-Sébastien Bach et Ludwig van Beethoven.
Il suit ses premiers cours de piano dès l’âge de sept ans,
et se forme à la composition dès 10 ans. Il sera marqué par l’art de Bach, de Mozart, et de Beethoven. A propos de la composition, Brahms a confié « je composais continuellement. Je composais quand j’étais tranquille, chez moi, de bonne heure le matin. Le jour. »
Il a fait la plus grande partie de sa carrière à Vienne, où il était déjà acclamé de son vivant. A la différence de nombreux compositeurs – comme Borodine, par exemple – Brahms n’a jamais composé d’opéra. Il a travaillé avec les musiciens célèbres de son temps, comme la compositrice Clara Schumann, pour qui il
développera une passion bouleversante à l’internement
de Robert Schumann. Cette passion s’éteindra d’ailleurs
avec le pianiste, le 29 juillet 1856.
Perfectionniste intransigeant, il a détruit beaucoup de ses travaux. Traditionaliste et novateur dans le même temps, sa musique utilise les structures et techniques de composition baroques et classiques, maître du contrepoint comme Bach et du développement thématique comme Beethoven.
Il écrit ses quatre symphonies en l’espace de neuf ans, dans sa période la plus prolifique. Il a ensuite essentiellement composé de la musique de chambre, devient citoyen d’honneur de la ville de Hambourg en 1889. Il s’éteint à 64 ans le 3 avril 1897 à Vienne d’un cancer, et est inhumé au cimetière central de Vienne, auprès de Beethoven et de Schubert. Une statue à son effigie a rejoint le Walhalla le 14 septembre 2000.
L’œuvre:
La symphonie n°3 en fa majeur en quatre mouvements a été composée en 1883, et jouée pour la première fois le 2 décembre de la même année par le philharmonique de Vienne. Lors du concert, les partisans de Wagner sifflèrent, ce qui engendra une ferveur plus grande dans les applaudissements des admirateurs de Brahms.
Les deux mouvements centraux se satisfont d’un orchestre réduit : ni timbales, ni trompettes, deux cors plutôt que quatre, le troisième n’entend pas non plus de trombones. Cette symphonie, la plus courte de celles de Brahms, se termine dans une atmosphère calme. Les accords de fin sont identiques aux accords initiaux. Elle a donc une cyclique particulière.
Alexandre BORODINE
Danse Polovtsienne n°17 (1890)
Un mot sur le compositeur:
Né en octobre 1833 à St Pétersbourg, Borodine est le fils naturel du prince géorgien Louka Stépanovitch Guédianov et de la fille d’un troupier de Narva. Son père fait déclarer l’enfant par l’un de ses domestiques, Porphyre Borodine, et veille à ce que la mère et l’enfant ne manquent de rien. Alexandre reçoit une excellente éducation à domicile, parlant couramment français et allemand.
Il maîtrise tôt la flûte, le piano et le violoncelle, autodidacte. Il compose sa première polka à l’âge de neuf ans, un Concerto pour flûte et piano et un trio pour deux violons et violoncelle dès treize ans. Il est pourtant destiné à une carrière de médecin et commence donc ses études à quinze ans, étant également passionné de
chimie. Il s’engage après six ans d’études à l’hôpital de l’armée territoriale à la fin de la guerre de Crimée, en 1856, soignant notamment en 1857, Moussorgski.
Il rencontre son épouse, Ekaterina Protopopov, pianiste talentueuse, au cours d’un voyage, celle-ci lui faisant découvrir Schumann, Chopin et Liszt. Ensemble ils découvriront Wagner. Il fait partie du « club des cinq », un groupe de cinq compositeurs constitué de Rimski- Korsakov, de Cui, de Moussorgski, de Glazounov et bien sûr de Borodine. Il se sent prédestiné pour l’opéra et c’est au début des années 1870 que l’idée du Prince Igor commence à faire son chemin dans son esprit.
Profondément affecté par la mort de Moussorgski en mars 1881, sa santé se dégrade. Il contracte le choléra, commence la symphonie en la mineur qu’il n’achèvera pas, continue la composition du Prince Igor. Il s’effondre lors d’un bal, à 53 ans, le 27 février 1887, d’un infarctus.
L’œuvre:
Le Prince Igor est un opéra constitué d’un prologue et de quatre actes, achevé par Glazounov et Rimski-Korsakov à la mort de Borodine. L’intrigue s’inspire d’événements historiques décrits dans le poème épique médiéval le Dit de la campagne d’Igor.
L’opéra retrace la campagne militaire menée par le Prince Igor contre les Polovtsiens. Ces guerriers nomades conquéraient des territoires de plus en plus vastes, de la mer d’Aral à la mer Noire, pillant les villes russes au passage. Pour le livret, Borodine s’inspire d’une pièce de Vladimir Stassov. L’opéra commence un jour d’éclipse solaire – un mauvais présage pour le prince. On le supplie de renoncer à sa campagne mais son patriotisme est plus fort. Il part, récolte défaites, humiliations et blessures. Le fils d’Igor s’éprend de la fille de l’ennemi, et les deux pères finissent par se réconcilier. Pas de violence en terre ennemie, mais au contraire un partage du pouvoir envisagé. L’ennemi va jusqu’à lui faire cadeau d’une mélodie, celle des danses polovtsiennes. Les danses polovtsiennes sont un ensemble de danses – à l’origine accompagnées d’un chœur – que l’on trouve à la fin du deuxième acte.
Pascale LAZARUS
The Milk Symphony (2020)
Un mot sur la compositrice:
Pascale Lazarus, pianiste de formation, a étudié le solfège et l’écriture musicale au CNSM de Paris et la composition avec Arnaud Petit au CRR de Grenoble. Elle est titulaire du CA de Formation Musicale, d’un diplôme d’ingénieur, et a effectué plusieurs stages à l’IRCAM. Elle a écrit environ 30 pièces dont un opéra Le Roi Mikado.
En 2015, elle a obtenu le prix du public du concours Vedrarias pour son quatuor à cordes Montagne bleue. Ses dernières créations sont Care Rhapsody pour trio à cordes, commande de la cité de la musique de Romans (2020) et En Robe de Mots, suite musicale et poétique pour quintette instrumental et voix (2018). Elle écrit et publie aussi des poèmes. Depuis 2019, elle se produit dans le cadre de la compagnie E dans l’O avec la danseuse Marie-Pierre Boullez pour des improvisations poétiques et polymorphes (voix, violoncelle, électronique, danse).
http://www.pascalelazarus.org/
L’œuvre:
Voici le poème qui à donné son titre la pièce :
I would look inside me
and what would I see?
A greek lemon tree
and you, diving
in a green salted lake
as soft as a dolphin,
Milk is leaking through my lips
« J’ai commencé cette symphonie alors que j ‘avais à l’intérieur de moi un flot musical qui ne demandait qu’à
s’écouler. L’élément eau y est très présent.
– Le premier mouvement pourrait s’appeler reminiscences : sous la réapparition de souvenirs, quelque chose couve qui n’est pas encore révélé, les accords s’y transforment comme pour figurer le passage fluide d’un état d’âme à un autre.
– Dans le deuxième mouvement se révèle à la conscience ce qui était encore inconscient dans le premier : c’est un chant qui se développe sur le leitmotiv la fa# sol# ré qui va subir diverses mutations. La mer y est très présente, une mer calme avec ses effets de
tangage mystérieux, mais aussi ses élans.
– Le troisième mouvement commence par une phase
tourmentée, agitée, qui va finalement se résoudre par un retour à l’élément aquatique où l’on croit entendre le son des haubans près du port, comme un souvenir.
J’ai longtemps oscillé entre un dénouement rassurant ou inquiétant, ambiguïté portée par les sons graves de la contrebasse. C’est finalement un entre deux qui apparaît
à travers la transformation imperceptible d’un petit
motif repris à divers instruments, passant timidement de l’inquiétude à une détente envisageable… » Pascale Lazarus
Commentaires récents